Témoignage
d'un boulanger au top ! et... en Scop !
A
la Scop Trébara vous faites quoi ?
En
2007, à deux, on a créé une Scop et on fabrique du pain bio
depuis. Aujourd'hui les besoins locaux en pain, fabriqué à base de
farine bio et locale, augmentent... alors notre activité augmente et
nous sommes désormais quatre. Je ne suis
pas boulanger de métier.
Tu
viens d'où ?
Je
travaillais dans le privé et j'en avais marre du salariat. J'ai
démissionné plusieurs fois, d'entreprises très classiques, parfois
déshumanisantes. Enfin, même si c'est peu courant, j'ai aussi
travaillé à un moment pour une entreprise, qui, bien qu'étant
assez loin d'avoir opté pour la forme coopérative puisque c'était
une très grosse entreprise (une société anonyme!), avait un
fonctionnement non pas en échelle mais en râteau ! Il y avait peu de
hiérarchie, beaucoup d'autonomie sur les postes et ça
responsabilisait les salariés.
Jean-Marc,
il faut du capital pour créer une entreprise de l'ESS ?
Oui
il en faut un peu mais quand on a une idée, qu'on est convaincu
qu'elle répond à des besoins, ça donne la motivation pour gagner
et mettre de côté quelques pépites. Nous on a apporté 10 000 euro
en tout (et moi 25 000 euro pour l'immobilier), à deux. Mais pour
créer, il faut surtout la jeunesse ! Je veux dire l'absence
d'habitudes trop ancrées. Il faut faire tomber certaines peurs, se
rendre compte que vivre avec moins d'argent, c'est
parfois bien plus épanouissant. Il faut aussi un brin de
chance, trouver des personnes avec lesquelles on s'entend humainement
et savoir saisir les opportunités! Et... avoir confiance en soi
pour sauter le pas, quoiqu'on nous dise autour.
Vous
ne vous êtes pas sentis encouragés quand vous avez monté la Scop ?
Si,
mais pas par les réseaux traditionnels d'aide à la création
d'entreprises. Ils nous recommandaient sans cesse de mener une étude
de marché. Si on avait fait ça, dans les règles de leur art, on
n'aurait pas monté notre fournil parce qu'on nous disait que les
gens n'achèteraient pas de pain à ce prix là, qu'il y avait
trop
de concurrence, etc. Or les besoins en pains bio, façonnés non pas
pour le visuel mais faits à partir d'une farine produite à Bain de
Bretagne, par un agriculteur qui produit des variétés anciennes,
étaient bien latents.
Qu'est-ce
qui vous rapproche des valeurs de l'ESS à la Scop Trébara ?
La
première chose, c'est qu'on se sent vraiment satisfaits de faire
fonctionner notre outil de travail, de faire suffisament de bénéfices
pour rémunérer nos emplois, sans
chercher à faire des profits. La seconde : comme on est une petite
entreprise, on applique concrètement l'un des principes de base de
l'ESS qui est de décider collectivement, entre salariés, sur un
maximum de points. Et puis on ne jette rien, on ne produit que d'une
façon ajustée aux besoins !
Justement,
c'est possible d'être une grosse entreprise qui partage les
richesses et les décisions ?
Non, il y a un seuil au delà duquel, c'est plus difficile !
Tu
nous livres un doute et une certitude sur l'ESS ?
L'ESS
c'est un petit réseau pour le moment mais dans deux générations,
ça va changer. Il faut du temps et malheureusement parfois de la
souffrance pour que les gens constatent les évidences... mais ça
bouge.
Le
doute, ou la difficulté peut-être selon moi, notamment quand
j'observe d'autres Scop fonctionner, c'est qu'il y a toujours un
leader historique, un fondateur, un moteur dans les entreprises
coopératives ; et d'ailleurs, il faut se décomplexer d'être un
leader, car cela n'implique pas d'être dominant. Le
tout c'est de déléguer et donc de faire confiance. Par contre,
c'est parfois difficile pour le leader de transmettre aux autres,
de faire en sorte qu'ils s'impliquent avec la même ardeur ou
avec les mêmes perspectives.
Dans
tes rêves les plus fous, l'ESS mène où ?
Dans
l'imaginaire de beaucoup de gens qui veulent entreprendre, il y a
l'espoir que la création d'une boîte leur permette de faire des
affaires sur le dos de leur entreprise et de générer des profits.
Les Scop et Scic ne permettent justement pas ça! Ce sont des
formats d'entreprises très cadrés, il y a l'obligation de partager
et de transmettre. Du coup, dans mes rêves les plus fous, on apprend
aux gens à raisonner en entrepreneurs, en gestionnaires mais dans
des secteurs de besoins. Dans ma société idéale, on enseigne aux
gens la solidarité, le collectif, les bénéfices de la coopération
et l'entraide ; les formations et les grandes écoles apprennent aux
étudiants à se rendre compte des besoins, et à imaginer des
réponses cohérentes. Pas à vendre à tout prix. Dans mes rêves les
plus fous, on remet le capital à notre
service et on ne place pas les Hommes au service du capital.
Tu
as un film à nous conseiller de diffuser dans le cadre du Mois de
l'ESS ?
Le
salaire de la peur, avec Yves Montand... non c'est trop vieux
désormais mais vois-le, il y a de quoi avoir quelques révélations.
Et
... un message à faire passer ?
On
recrute ! On cherche un 5ème un boulanger.
Merci
Jean-Marc.
Contact:
Trébara, Le Bas Germigné, 35620 Ercé-en-Lamée / 02 99 43 16 63 /
trebara@free.fr
Les SCOP, précisément,
c'est quoi ? réponse ici
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